18.12.2019

Norient, ou la méfiance de l’algorithme

Les grands services de musique en ligne ont contraint le monde à un corset serré de commercial et de programmes informatiques. Le monde entier? Non: on trouve de la résistance… en Suisse. «Norient Space» est le nom du projet qui veut défier les algorithmes des grandes entreprises. C’est un mélange de plateforme et de musée virtuel, avec comme devise «The Now in Sound». A travers ce projet, Norient poursuit ainsi ses nombreuses années de travail et recherche activement une expérimentation des formats numériques et de ses esthétiques. Depuis de nombreuses années, Norient organise et met en scène la musique locale et mondiale de manière transdisciplinaire et multidimensionnelle, examinant ainsi des questions clés de l’époque.

Le célèbre magazine en ligne «Norient» a en effet été créé il y a près de 20 ans.  Ses concepteurs ont récemment abandonné le magazine. Celui-ci sera remplacé par «Norient Space», «The Now in Sound», un mélange de galerie virtuelle et de plateforme communautaire transdisciplinaire pour des projets oscillant entre art, journalisme et science. «Sur cette plate-forme, nous nous adressons à une communauté de plus de 700 penseurs et artistes de 50 pays qui s’est développée au fil des années, les faire se rapprocher, générer des commandes, payer des frais équitables et présenter leurs idées pour l’avenir à un large public», déclarent les créateurs sur la plateforme de crowdfunding Startnext, où ils collectent actuellement de l’argent pour leur redémarrage.

Norient entend donc se réinventer, mais reste en même temps ce qu’il a toujours été: un porte-parole important pour les scènes musicales de l’Argentine au Ghana en passant par le Pakistan et ainsi travailler pour un monde plus ouvert, au-delà de l’eurocentrisme, de l’exotisme et de la discrimination. Pourquoi est-ce nécessaire à un moment où Apple Music et Spotify rendent presque tous les morceaux de musique disponibles dans l’univers sonore? «Nous ne faisons pas confiance aux algorithmes», témoigne la co-initiatrice Sandra Passaro. Le nouveau Norient est ansi destiné à «devenir plus politique, profond, ludique et expérimental – toucher plus de gens, faire davantage».

Pour rendre cette vision possible, Sandra Passaro et Thomas Burkhalter recherchent par conséquent d’autres membres fondateurs. «Ce n’est qu’ensemble, en tant que plateforme communautaire fortement parrainée, que nous pourrons résister aux algorithmes et filtrer les bulles – et raconter de nouvelles histoires qui se font également entendre», explique Thomas Burkhalter, directeur artistique de Norient.

Dédié aux penseurs et aux artistes de tous les continents, le «Norient Space» pour est destiné à attirer l’attention sur des publications et des projets tournés vers l’avenir et durables par d’autres. Les utilisateurs pourront y trouver les dernières sorties musicales  du monde entier, des formats expérimentaux, de la musique de club à la Pop, des sons et des bruits de villes, mais aussi de la nature ou de la faune, ainsi que des échantillons de voix de personnes d’origines différentes.

Il ne s’agit pas seulement du son lui-même; ces différents formats touchent toujours aux questions artistiques et sociales: que signifie faire du rap politique au Pakistan? Quel effet nous font les écouteurs anti-bruit? La musique est-elle vraiment un langage universel? Comment les bruits de guerre se reflètent-ils dans les compositions?

Outre la musique en elle-même, Norient Space devrait être une plate-forme pour tous ceux qui veulent rendre compte du monde d’aujourd’hui, ce de façon sonore.  En tant que méta-plateforme, «Norient Space» entend également promouvoir des films, des podcasts, des rapports et des publications de tiers; elle visera aussi à coopérer avec la recherche scientifique et artistique, que ce soit des universités, des écoles d’art, des revues ou des symposiums. Avec son réseau, «Norient Space» vise à accroître la visibilité et l’acceptation par le public de domaines de recherche tels que l’ethnologie musicale, les études de musique populaire, les études sonores, les sciences humaines numériques, les études postcoloniales et la recherche artistique.

Un rêve numérique – mais il ne peut voler que si suffisamment de personnes le partagent et sont prêtes à le soutenir financièrement. L’objectif de Norient est d’atteindre une contribution de soutien de 100’000 euros à travers la campagne de financement participatif en cours d’ici fin janvier. Si l’objectif n’est pas atteint, le projet devra être redimensionné. Le Pour-cent culturel Migros, qui finance également digital brainstorming, a d’ores et déjà déjà soutenu le projet avec une contribution de 15 000 CHF.

www.startnext.com/de/norient

Article écrit par Mathias Zehnder, publié le 15 décembre 2019, traduit de l’allemand et adapté en français par Julien Gremaud



Publié par julien le 18.12.2019 15:07 dans Lire, Participer


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